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Rivages d’Europe. Personnalité et avenir d’un continent ouvert. J.M Miossec 2013 (CR)

Posté par amorbelhedi le 10 octobre 2014

   Rivages d’Europe. Personnalité et avenir d’un continent ouvert L’Harmattan. Coll. Territoires de la Géographie. 2013, 856 pages.   Jean Marie MIOSSEC.
Compte Rendu paru in Revue Tunisienne de Géographie (RTG), n° 43, 2015, pp: 105-109.

fichier pdf Rivages d’Europe Miossec JM  CR-2015

            L’ouvrage que vient de publier Jean Marie Miossec est le résultat d’u gros travail de synthèse sur un continent ancien et dont les rivages s’étendent bien au-delà des limites physiques. Comme l’écrit l’auteur lui-même à la page de couverture « Le livre se veut une géopolitique du continent « Europe », il part des rivages d’un espace découpé et soumis aux influences tempérées de l’Atlantique [ …] pour s’étendre vers d’autres horizons, ceux d’une identité en construction et que l’on veut ouverte ». Le titre est déjà révélateur puisqu’il met les rivages au centre de sa problématique, avec en filigrane le souci identitaire et l’ouverture qui se trouvent dans le sous-titre.

L’élargissement brutal de l’Europe a fait qu’elle a ennoyé tous ses rivages. Son aventure ne laisse pas indifférent par l’ampleur des bouleversements internes et les impacts qu’elle a eu généré dans l’environnement immédiat et à l’échelle mondiale. L’épopée européenne provoque à la fois irritation et irritation, les succès sont spectaculaires mais les échecs sont aussi patents. Les limites des continents sont imprécises et l’Europe apparaît comme une péninsule de l’Asie ? Elle est plutôt une construction humaine. Les rivages sont loin d’être une frontière nette, ils ont beaucoup changé au cours de l’histoire géologique et durant l’Antiquité la Méditerranée s’est fortement démarquée par rapport à l’Europe, l’Asie ou l’Afrique.  Autant d’indices de continuités entre l’Europe et le Maghreb, l’Islande est-elle européenne ou américaine ? Les frontières continentales sont encore difficiles à établir dans la mesure où elles ne sont que rarement naturelles comme est le cas des limites entre l’Europe et l’Asie posant le problème de l’appartenance de la Russie, asiatique par le territoire et européenne par sa population. Aussi bien sur le plan géologique que humain, les poussées et les populations sont venues de l’extérieur, continent « peu continental », l’Europe est assez originale comme ensemble régional ou continent, elle s’est dotée d’une construction géopolitique récente unique dans une sphère de mondialisation galopante dont l’ouverture est le mot d’ordre majeur et dont les enjeux sont aussi de taille. L’Europe est désormais une construction humaine et géopolitique qui dépasse la simple somme de nations dont les différences demeurent encore vivaces. L’Europe a à gérer trois cadres ou échelles : stato-nationale, européenne et celui de la mondialisation ; un nouveau défi à gérer.

L’auteur distingue quatre moments permettent de suivre ce projet identitaire et d’ouverture de l’Europe qui constituent les différentes parties de l’ouvrage :

La face de l’Europe (pp : 23-356) en constitue le premier à travers un cap ouvert sur les mers et un ensemble de territoires et d’Etats dont l’assiette et la configuration ont changé au cours du temps et la dynamique a été différente et propre à chaque cellule. La construction est originale, l’identité n’est pas nouvelle, elle s’ancre dans la préhistoire avant même la symbiose gréco-romaine. L’Europe constitue un cap, ouvert sur les mers, s’est construite lentement à partir de cellules. C’est un continent-presqu’île qui ne forme sur 6% des terres, de forme très irrégulière, très ouverte sur la mer formant le dessin d’une main à cinq doigts, composé schématiquement de plusieurs cellules : le noyau occidental et méditerranéen, l’Europe baltique et scandinave, l’Europe centrale et orientale et l’Europe au Sud-Est. En périphérie, on trouve quatre cellules : l’Est de l’Europe, la Russie, les PSEM (Pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée) composés par la Turquie et le Maghreb et le croissant fertile du Levant et du Machreq jusqu’au Golfe. L’auteur passe en revue toutes ces entités et dresse un tableau synthétique du continent Européen et de son environnement immédiat sud et Est.

Le second moment s’exprime à travers l’Europe (qui) se moule sur ses rivages et la diffusion de l’idée d’Europe (pp : 357-502). Ce mouvement se trouve expliqué par un schéma structurel assez original. « Le ressort de la civilisation européenne es mu par une tension » selon un enchainement de schémas explicatifs qui a assuré le passage d’une matrice originelle à un nouveau paradigme qui a généré un glissement des centres de gravité et un changement d’échelle. L’évolution n’est pas linéaire. Cette partie intéresse la construction du puzzle européen et la dynamique de l’Europe depuis la découverte de L’Europe jusqu’à son asservissement par Hitler. C’est  à travers onze séquences que Jean Baptiste Duroselle (1965, L’idée de l’Europe dans l’histoire) distingue  l’histoire de l’Europe : Respublica romana et Christiana (V au XI°), montée des Etats (XI-XV°), de la Chrétienté à l’Europe (XVI-XVII°), L’Europe cosmopolite et nationaliste (XVIII°), l’Europe de la Révolution française, la tentative napoléonienne d’unification, l’Europe de la Saine-Alliance, l’essor des nations, le recul de l’Europe et la guerre (1871-1914), l’Europe de Versailles et l’Europe esclave de Hitler.

L’histoire de l’Europe s’est levée à l’Est avec un basculement ensuite vers l’Ouest et recentrage méditerranéen et le décrochage d’une Europe catholique, L’Europe des six se moulait sur celle de Charlemagne, avec la séparation du politique du religieux se dessine le succès du politique et des Etats. La laïcisation de la politique se développe à partir de l’Ouest et donna lieu à une Europe des lumières, le succès économique et les nationalismes à l’assaut du monde débouchant sur la première guerre et l’affaiblissement de l’Europe avec la seconde guerre mondiale qui va nécessiter un plan de reconstruction (Plan Marshall). A la fin de ce parcours, l’autre se live à l’élaboration d’un schéma structurel explicatif : l’édification d’une personnalité (pp : 496-502) qu’il met lui-même en italique. La personnalité de l’Europe s’est constitué dans la longue durée par à coups et des reculs, déferlements et reflux. Cette mise en mouvement est mue par une tension, une crise qui procède de la contestation avec glissement des centres de gravité et des enchainements identifiés par l’auteur : 1- le premier acte est la rencontre avec l’Orient, 2- le couple réactif Orient/Grèce, 3- le couple Hellénisme/Rome qui se moule sur la Méditerranée avec un glissement vers l’Ouest, 4- l’affrontement Rome/Barbares qui débouche sur le renforcement de l’Eglise, 5- le bras de fer Eglise/Etat qui va forger les Nations et la laïcité tout en se projetant à l’extérieur à travers les grandes découvertes, 6- le divorce du couple Absolutisme/Lumières avec la Révolution française, les guerres napoléoniennes d’unification et la montée des nationalismes ; 7- L’affrontement du XX° siècle et le recul de l’Europe, 8- enfin la bipolarisation/mondialisation.

            Le troisième moment date d’un demi-siècle, L’Europe en horizon (pp : 503-700) avec l’élaboration d’un bilan « sans fard » de l’Union Européreene et de son parcours. De traité en traités, l’Europe s’élargit et se réunit progressivement où le souci d’équilibre est présent avec des critères d’adhésion donnant lieu à l’Europe actuelle avec ses 27 Etats et près de 500 millions d’habitants avec des scénarii d’extension qui restent posés, le débat de l’adhésion de la Turquie est indicatif. C’est une dynamique intégrative qui a régi l’élargissement de l’Europe et l’adhésion des divers Etats selon une démarche libérale et consensuelle avec intégration financière et création de l’Euro, la création d’institutions européennes et l’exigence de critères d’acceptation posant le problème de supranationalité et  d’intergouvernementalité : la PAC et le développement rural, un géant aérospatial mais une compétitivité sur la défensive, un marché de 500 millions d’habitants, L’espace européen se trouve inégalement nanti et intégré posant le problème d’aménagement et de gouvernance.

            Le dernier moment est celui de « l’Europe sans rivage » (pp : 701-792) constitue une analyse critique des difficultés et des insuffisances de la construction européenne et sa politique. L’Europe constitue une civilisation riche à la recherche d’un dénominateur commun, où révoltes et refus ont été de mise (philosophiques, religieux, culturels, artistiques, économiques, politiques….). Toutefois, l’aveuglement a été aussi à l’origine de l’arrogance et de la méconnaissance de l’autre débouchant sur le découpage et le partage du monde (découpage des Balkans, au Congrès de Berlin, traité de Berlin en 1885….) ; l’incompréhension de l’islam durant 14 siècles, la colonisation des espaces hors de l’Europe. L’Europe rencontre des problèmes quant à ses rapports avec la Méditerrané, l’Union pour la Méditerrané (UPM) proposé en 2008 est un échec. Avec la mondialisation, l’Europe se trouve dans un monde sans rivage avec la métropolisation de trois faisceaux méridiens.

            S’inscrivant elle-même dans un monde mouvant, l’Europe peut-elle tenir le cap, c’est ce que l’auteur a essayé de montrer tout au long de ce volumineux travail. « La vigueur d’une civilisation du refus où la révolte est la mesure doit permettre aux Européens d’écrire des pages nouvelles ». Au fil des millénaires et des siècles, l’Europe n’a cessé de s’ouvrir aux autres, elle a forgé une civilisation de la volonté et de la controverse mais elle a aussi suscité des oppressions et essuyé des échecs. Le problème de l’émigration illustre bien ce paradoxe européen d’ouverture/fermeture.

            Le texte très dense se trouve appuyé par de nombreuses cartes souvent de petite taille, posant parfois le problème de lisibilité avec des encadrés très instructifs, l’ouvrage est appuyé de plusieurs textes originaux avec un index des lieux, personnes et acronymes utilisés. Il faut signaler enfin que cette collection de L’Harmattan est dirigée par l’auteur de l’ouvrage qui constitue un travail très riche avec des titres très significatifs et problématisés qui facilitent la lecture de ce volumineux texte.

                                                              Amor Belhedi

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