Méditerranée, J-P Lozato-Giotart (Dir), 2001 (CR)

Posté par amorbelhedi le 12 octobre 2014

Méditerrannée

J P Lozato-Giotart dir), 2001

 

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Faces, Surfaces, interfaces. François Dagognet 2007 (CR)

Posté par amorbelhedi le 12 octobre 2014

Faces, Surfaces, interfaces

François Dagognet. Vrin, Reprise, 2007,  213p

 

Ne fallait-il pas inverser l’ordre du titre si ce n’est la rhétorique qui l’impose en suivant l’importance, il faudrait lire le titre en sens inverse (p VII). La surface et la paroi  doivent être valorisée contrairement à la profondeur selon un principe philosophique de base, le périphérique compte plus que ce qu’il abrite. Le superficiel baigne dans deux milieux qui le marquent, il épouse ce qu’il recouvre dont il est imprégné. Le milieu extérieur pèse sur lui. Le sujet est soumis à la pression du désir (en lui) et de l’ordre (social). Le dessus corporel sépare et assure l’équilibre et les échanges. Il permet de se défendre (l’animal, le végétal) et de se reconnaître aussi grâce à l’apparat. Chez l’homme, l’intégration fait qu’il est difficile de séparer le dessus du dessous.

La face condense (extériorise) ce qui se passe dedans. Elle exprime les trois strates selon Lavater (le digestif-sexuel-instinctuel : bouche-dents, l’affectif : le nez, le souffle, les yeux ; l’intellectuel-le décisionnel : le crâne, le front) et résume le corps, constitué de trois boules (abdomen, poitrine, tête). Gall pense que le crâne lui-même condense trois sphères : le devant (le conceptuel), l’arrière (l’instinctuel) (p VIII). Selon Hegel, un organe ne peut être saisi qu’en action : le langage sert à traduire mais aussi à dissimuler et montrer peut être aussi cacher? Pour appréhender l’individualité, il faut qu’elle existe. La démarche consiste à y reconnaître le proche et l’offert, bien voir le visible qui exprime bien cet invisible : « Nous n’avons pas vu ce que pourtant nous voyons » P Valéry[1].

Pour mieux évaluer, il faut pousser l’idée à ses extrémités. La chose ne s’illumine que lorsqu’on est sur le point de la perdre (J Dubuffet). Le corps parle, il faut apprendre son langage pour le déchiffrer, le spirituel et le somatique se marient et ne peuvent pas être disjoints comme le recto et le verso, le mental se corporéise tandis que le corps s’intelletualise : « enlève la bosse au bossu et tu lui enlèves son esprit » écrivait Nietzshe. La fonction est inséparable du support mais ne se réduit pas à un assemblage. Le cerveau échappe au réductionnisme localiste : « S’il est justifié de localiser un lésion, c’est vanité et erreur de s’obstiner à localiser une fonction dans une structure. » (J Lhermitte, le cerveau et la pensée). Le texte dépasse les mots qui le composent qui sont incontournables, la pensée s’appuie sur des circuits électriques rudimentaires et c’est l’interaction entre une dizaine de milliards de neurones qui fonde l’esprit. La biotopochimie montre que les molécules transmet l’héritage génétique qui constitue la mémoire de l’espère, une façon de ne pas séparer la matière de l’énergie. Le cerveau est encore capable d’apprentissage, d’où le rôle de l’éducation. Il n’y a rien qui ne se traduise par des contours, des frontières, des formes et des signes.

Toute périphérie se trouve à la jonction de deux univers, a une position bifaciale, médiatise des rapports, elle reçoit (sensorialité) et restitue (motricité) ce qui donne un rôle central au cutané. Elle décèle un intérieur qu’elle cache dans l’extérieur qui l’expose.

Chapitre 1 : D’une morphologie générale

Le phénomène peut être éclairé par lui-même, « la véritable science ne saurait entraîner le mépris des corps ou du simple apparaître » (p17). La diversité commence par la distribution des unités : la localité, l’arrangement, le nombre, les matériaux font la pluralité organisée. Apprendre à lire le substrat pour passer à la fonction, l’explication, à la profondeur à travers deux rationalités : l’empirico-formel et l’herméneutique (l’interprétatif). Le sensible n’offre au début qu’une piste, « achevons le pointillé qu’il nous livre » (p18). La cutané unie et sépare, exprime et cache, subit et transmet et fait que le rapport dedans/dehors est importante. Il définit l’animalité, l’humain[2] pour qui le dehors « se met franchement à signifier » et à travers lui s’exprime le psychisme alors qu’ « il n’est autre que notre corps. Il s’y loge entièrement » (p20). Lorsque l’homogène triomphe (la matière), « il n’y a rien à protéger » mais la différenciation dans le milieu crée toujours une entité à délimiter.

La forme de l’écoulement d’un liquide dans un tube (sphéricité, débit, nombre de gouttes, filament…) nous informe sur sa nature physico-chimique (viscosité, densité, constitution moléculaire…). P S Stevens (1978)[3] montre que la nature adopte toujours des formes bien données à différents niveaux (écoulement, serpents, branchage, craquelures de la boue et plumages…). Le branchement se fait selon une nécessité dynamique (travail, distance et perte minima) : les grands s’effectuent dans la même direction et en nombre réduit (angle réduit) alors que les petits, courts et nombreux se ont à angle droit[4]. La circulation de l’eau, du sang et de la sève adopte ce schéma (Stevens P.S.). En chimie rationnelle, l’essence précède l’existence ce qui permet par la suite d’identifier les nouveaux produits, l’analyse spectrale permet l’analyse à distance (corps, étoiles, planètes…) et de mobiliser le dehors pour analyser le dedans, le visible pour saisir l’invisible.

A Comte ne se plie qu’à l’expérimentation directe et visible, la spectrophotométrie permet de prolonger la vision et de voir ce qui est obscur (p31), la science prolonge le sensoriel mais ne le récuse pas. C’est à la surface que les corps s’expriment. Il y a une symbiose entre le contenu et la forme, la profondeur et la surface qui sert « d’amplificateur  et partant dévoile l’architecture secrète » (p36). On apprend à lire au dehors et maintenant ce qui est enfoui et ce qui est passé d’où l’intérêt des façades et des surfaces sans inverser la démarche. Pasteur a montré que la seule différence positionnelle des tartrates/paratartrates conduit à une différence de comportement optique « rien de plus signifiant que les détails les plus minces » (p36) et la géométrie est fondamentalement liée à la composition interne des phénomènes. C’est ainsi que la bonne observation peut être critique sans pour autant se cristalliser sur le particularisme général et inutile, il s’agit de bien voir pour mieux savoir. Il s’agit, avec l’aide de la science, « de fermer les yeux du corps et ouvrir ceux de l’esprit »[5] tandis qu’à l’interface de l’homme notamment (visage, attitudes), se dessine une ligne de partage, le lieu privilégié de la rencontre et de l’affrontement. « La forme – coupe dans le devenir- naît d’un compromis entre les énergies qu’elle visualise ou équilibre » (p38), le biologiste a appris depuis longtemps à transcender les structures pour aller aux fonctions, aux relations internes et externes. L’être vivant ne se comprend que dans son fonctionnement selon Claude Bernard[6] tandis que Bergson[7] oppose la simplicité fonctionnelle à la complexité structurelle de l’œil. La fonction naît en fait d’une synergie intégrée.

La géographie comme « science des strates et des reliefs », comme la lithologie (science des terres et des pierres), s’attache aux indices et aux formes (p44). On apprend « à glisser du paysage, (…), à la roche, son socle ou son pilier. Le passage inverse n’est pas moins assuré » … On peut reconstituer tout l’environnement comme engendrer son histoire » (p44). La méthode géologique est historique avant d’être expérimentale basée sur la lecture attentive des indices comme la psychanalyse ou la médecine (symptômes) en usant de l’examen optique aussi (microscope, coloration…). Le volume des grains relève par exemple de la vitesse de refroidissement. « La nature travaille comme le laboratoire ou le Haut-fourneau… » (p46) et « le moindre fragment contient dans ses mailles l’histoire du monde » (p47). « Le dynamique et le statique se dégagent mutuellement, ils marchent ensemble et s’épaulent, d’où l’intérêt prioritaire d’un examen surfaciel approfondi » (p48). Le sensoriel peut ainsi renseigner sur le structurel, l’histoire. L’interface sépare, couvre et constitue le lieu de convergence.

Chapitre II : Des corps vivants. L’organologie

Le volume croît par rapport à la taille selon un rapport de D3, le rapport volume/surface croit avec la taille D (D3/D²). Pour un bon fonctionnement, l’organisme diminue son enveloppe par plissement-ramification contrairement aux petits organismes qui ont un aspect arrondi et ferme ont une surface plus étendue et plus exposée. Le rythme cardiaque est inverse au volume au même titre que la consommation rapportée au poids puisque la perte de chaleur est plus élevée et la reproduction (vitesse et nombre). Il y a un rapport allométrique qui régit tous ces paramètres. Le vivant se reconnaît dans le courbe, le ramifié, le plissé. Le végétal extériorise son organisation (qui se répète), plus que l’animal et encore plus que l’homme qui la condense dans son visage. Vivre, c’est combattre et se protéger ? Chaque fragment porte en soi sa filiation dans le temps et l’espace (sa position) tout en introduisant une variété. Le vrai caractère est celui qui participe à la structure et l’exprime à la fois.

Vivre, c’est combattre, se protéger et se défendre. Or le combat se fait à la périphérie et modèle la forme et la structure fonctionnelle. La forme du pied exprime sa fonction et chaque organe se trouve intégré dans l’ensemble selon le principe de la logique de l’agencement global, (le pied à sabot ne va pas de pair avec une incisive de carnivore ?), avec une relative transparence. Constitution anatomique, fonctionnement physiologique et comportement psychique sont liés. La différence s’exprime à l’extérieur tandis que la profondeur est souvent commune chez l’animal. L’homme condense 4 éléments : l’espèce (reproduction, sexualité), le végétatif interne ininterrompu, l’animal et le volontaire (p65). La différence, minime au centre  (cœur, foie, estomac, intestins, sexe…) s’élève vers l’extérieur  allant du commun vers la diversité. Au réseau insécable du végétalisme correspond le bilatéralisme animal (asymétrie et dualisation). Réitération et superposition sont deux principes d’économie et de parcimonie chez l’animal. L’extérieur exprime et inverse aussi l’intérieur. La somme demeure toujours mais la position et les proportions changent.

On peut reconstituer la structure et l’histoire à travers l’observation et la déduction sans manipuler le vivant ou le soumettre à l’expérimentation comme est le cas de l’analyse historique. Les détails qui paraissent secondaires peuvent révéler l’origine, la cause ou la raison des choses « tout caractère, si léger qu’il soit, est nécessairement le résultat de quelque cause définie et mérite d’être pris en considération s’il se rencontre chez un grand ombre d’individus »[8].

Tout renvoie à un passé, doté de sens, qui éclaire le parcours bio-psychologique. Le corps cache souvent des résidus, des héritages qui sont le produit d’une stratification, d’une sédimentation et qui ont perdu avec le temps leur fonction primaire et de là leur sens. La causalité n’est pas linéaire et la faiblesse d’une fonction se trouve souvent compensée par une autre plus développée ou plus apparente. Il ne faut pas tout justifier à tout prix, des reliquats dissemblables subsistent quant à la forme et à la source. Cependant, il faut tout retenir même les moindres détails qu’on juge à priori secondaires peuvent exprimer une intelligibilité certaine et révéler des explications insoupçonnées. L’insignifiant peut être parfois très utile.

L’évolution, incontournable, concerne la forme et la fonction face à l’environnement mobile et antagoniste. La fonctionnalité conduit souvent à forger l’organe, selon Lamarck, qui devient avec le temps héréditaire (la mâchoire rétrécie de l’homme suite à son régime alimentaire, le climat et l’alimentation carnée…).

L’écorce n’est pas seulement une couverture, résistante, neutre et protectrice ; elle porte les conflits et est le centre du combat biologique et psychologique. Elle est le lieu de la différenciation, le centre de l’attirance et l’expression de la compétitivité. On touche ici la logique du gaspillage et de l’éclat et de la différence (qui permet la conquête sexuelle). Cet ornemental affiché n’est pas souvent sécuritaire et il attire les dangers. Il y a antagonisme entre la sélection naturelle (l’individu) et sexuelle (l’espèce) qui se heurtent avec des exagérations parfois, d’où la contradiction  « on vit on se survit ». La personnalité ne réside-t-elle pas dans ce qu’on affiche ou ce qu’on réussit à cacher ?

Chapitre 3 : La demi-erreur physiognomonique

Le psychique n’est pas une entité séparée du corps où il se cache. On est soi par son corps même et l’inconscient affleure dans le visible (principe du mixte) qu’il faut apprendre à lire et déchiffrer. Tout le somatique ne parle pas et il faudrait retenir ce qui est caractéristique surtout que l’homme dissimule beaucoup plus que l’animal par le déplacement (du psychique au somatique), l’antithèse (inversion de la réaction), l’excès (mouvements sans but) et le geste de participation-contamination (p97). La division ternaire du corps se retrouve dans la société (l’intellectuel, le soldat, le producteur), la psychologie (affectivité, intellectualité, activité), l’idéologie (prédication, protection, production). La tête résume cet ordre ternaire aussi. Le dehors traduit toujours le dedans, la sémiotique s’applique partout et on juge toujours sur l’extérieur (Lavater, op. cité). Ce déchiffrement, loin d’être banal ou direct, exige une certaine intelligibilité. Le visage est de ce fait lieu de tensions qui s’y manifestent notamment à travers le flexible à tel point que le voilement ne réussit pas toujours. Un bon acteur n’est pas celui qui exprime le mieux ce qui est dedans ? Les traits expriment la personnalité malgré elle, leur signification réside surtout dans leur rapport relatif. Lavater distingue trois sphères concentriques : le gestuel (écriture, parole, voie et accents, ton, timbre…), la démarche et les attitudes, enfin l’habillement, la trame des lieux habités. L’expérience du miroir (dextre/sénestre) de P Abraham montre que le visage est double (p118), la lecture est indirecte et complexe. Sheldon avec sa trilogie (endoderme, mésoderme et ectoderme) a bâti toute une typologie selon une échelle de 7 donnant lieu à 76 somatotypes, des indices (d : dysplasie et g : gynandromorphie) permettent de caractériser les profils. Ne fige-t-on pas ici l’humain dans sa masse corporelle?  La bonne philosophie exalte le vouloir et non le réductionnisme matériel et un individu s’il peut beaucoup, ne peut pas tout et il doit actualiser ses potentialités  contrairement à l’adage classique « celui qui veut peut » ou « c’est en forgeant qu’on devient forgeron » il ne suffit pas d’apprendre pour devenir ou être (p 128). Les formes sont liées aux énergies différenciées sans tomber dans le réductionnisme simpliste.

Chapitre IV : La leçon des portraits

Le matériel exprime le spirituel dont il dérive, chaque société a des traits du portrait qu’elle positive. L’idéologie s’exprime dans les formes. Le portrait s’exprime à travers trois axes : postural, latéral et antéro-postérieur, et reflète la personnalité (du personnage mais aussi du peintre ?). La disposition, les distances, les rapports, les regards, les proportions sont régis pas une logique interne comme dans le rêve. L’art est une insistance écriture,  il « (l’art) ne reproduit pas le visible, il le rend visible » (P Klee, Théorie de l’art moderne, p34). Avec le temps, la machine remplace la main, photographier est révéler ce que notre œil n’a pas pu voir.

Chapitre V : Vers la biopsychiatrie

On naît à la confluence de deux courants : le désir (individuel) et l’ordre (social) qui s’affrontent ou se concilient et le corps exprime cette interface, « l’inconscient est dans le corps »[9] et la meilleure façon de cacher est de ne pas cacher dans la mesure où la surface traduit la profondeur qu’on veuille ou non et « pas de profondeur, en somme, qui ne change la surface » (p173). La psychanalyse ne vise-t-elle pas la mise au dehors (par transfert), réconcilier le corps avec lui-même. La gestuelle répétitive infime exprime l’interdit (tics, grattage, doigts remués…). Le moi n’est jamais délié du corporel, l’adulte apprend à s’immobiliser et maîtriser ses gestes alors que la tempête interne persiste : « penser, c’est se retenir d’agir » (au niveau gestuel et visuel) dit-on mais n’est ce pas le contraire, faire de manière à ce que le jeu interactionnel soit le plus serré ? (M Jousse, L’anthropologie du geste. Resma, p 50).

Le pneumographe de Yung exprime cette interaction (inspiration/expiration) âme-monde et l’exploration à l’instar du gîtologue. Trois niveaux d’agir du corps sont à distinguer: l’inconscient (respiration, voix…), le minime (yeux, lèvres, mains…) et les gestes explosifs. L’excessive domination ne conduit-elle pas au dévoilement transféré (rougir de timidité = désir refoulé = aliénation du corps sous le regard et qui pend sa revanche aussi (J P Sartre)?). M Jouvet en étudiant le rêve montre que l’individu n’est pas totalement immobile mais on ne perçoit que de minimes indices corporels, le contenu vécu par le sujet lui-même nous échappe. Le rêve écrirait le roman de l’anti-jour ? (p182). La graphométrique montre que le sujet est caractérisé par une grille d’emplois malgré lui, une appartenance à un groupe, c’est une véritable combinatoire d’une écriture. L’écriture visualise la motricité qui exprime le spirituel en dépit de l’habitude… La signature découle aussi de la même logique (E Locard, 1959, Les faux en écriture. Payot). La proportion répond au manque d’émotivité (L Klages). Balzac (1830) soutenait qu’on peut juger un individu à sa démarche? Le matériel joue le rôle de médiateur et les inadaptations psychopathologiques impliquent un corps en difficulté : «le moi qui perd son corps, perd en même temps la raison » (G Pankow) (p 190). Il faut arrêter avec le dualisme, les neuroleptiques ne facilitent-ils pas l’analyse ?

Grâce à la parole, l’homme préserve et mémorise les messages, elle passe et implique le corps. « Avant de se déposer dans des mots ou sur des lignes, le signifié se plie à la physiologie de nos gestes » (p194). Reich écrit qu’ « il faut toujours prendre comme point de départ la surface… une grande courtoisie , (qu’)une politesse exagérée cache toujours des critiques inconscientes, une attitude de méfiance ou de mépris » (Reich, L’analyse caractérielle. Payot, trad. 1971, p45). La respiration exprime bien ce rapport corps-esprit (le diaphragme-la respiration), les crispations diverses (le musculaire) débouchent sur la froideur-la répression du corporel (individu, société) et l’apathie. Enfin le rachidien (l’attitude-posture) qui traduit l’enracinement, l’affirmation de soi et la sécurité (tête basse du coupable, front penché de l’obsessionnel, l’équilibre, la statique jambes-pieds, la jonction avec la terre…). Le trouble psychique ne viendrait-il pas des contraintes physiques ?

La solution passe par l’auto-hypnose qui favorise le dialogue du corps avec lui-même. La respiration profonde aide, la conscientisation du corps (ressentir les émotions refoulées), l’éducation des gestes (calmer la précipitation ou guérir la lenteur), apprendre à lutter contre les règles sociales selon Reich qui briment la personnalité à travers la morale et l’éducation. L’harmonisation est difficile entre les deux tendances contradictoires. Les fonctions de la peau se trouvent reportées sur les habits (ornement, discrimination sociale…). Dans et sur le corps se lit la conscience et l’inconscience qui est sur la surface étalée et difficile à lire. On cherche souvent loin ce qui nous nargue ?

Conclusion

Le livre a essayé de restaurer l’image, les structures, l’organique et le corporel, la figure et le geste. La spécificité de l’animal est saisie dans sa morphologie qui exprime une stratégie et exprime dans son mouvement les émotions, le biométricien va encore plus loin. Avec l’homme, la difficulté s’accuse. Le corps expose les conflits et les violences, empêche et manifeste. On est là devant une discipline interprétative qui permet de mieux connaître le vivant, la physionomie constitue une concrétisation topoanthropologique reliant le psychique à son espace, une sorte de « géométrie analytique passionnelle » (p205). Ne tombe-t-on pas dans le naturalisme qui frôle la magie ? La philosophie contemporaine a été éprise de considérations socio-politiques (dialectique, développement…) niant le conservatisme, le statique est aussi important que la dynamique. La pensée peut-elle s’arracher à la matérialité, elle la prolonge, la culture peut être le prolongement de la nature et son accomplissement : la mémorisation consciente, la reproduction et la représentation (l’écriture).

Le monde des nuages et des eaux ne montre jamais des contours anguleux contrairement à celui de la pierre

« Celui qui est ne peut pas devenir » p 84

« Notre œil ne le perçoit pas, mais notre œil n’est pas l’échelle de la science » M Jousse, 1969, L’anthropologie du geste. Resma, p 50

On relève des répétitions dans l’ouvrage, l’auteur revient à maintes reprises aux mêmes idées développées précédemment.

Les schémas ne sont pas bien exploités et parfois on ne comprend pas pourquoi l’autour les a incérés, c’est le cas de la figure 1 de la page 23 où la figure A manque tandis les figures B et C ne sont pas bien explicitées ;

Les sources ne sont pas toujours bien indiquées et l’auteur mentionne souvent des auteurs dont les ouvrages sont cités quelques pages plus bas ou ne sont pas indiqués du tout.

Certains symboles ne sont pas explicités si bien qu’on ne peut pas comprendre l’idée comme est le cas des mensurations du corps humain (l, L, h, H, o, o’, O, O’, d. p 152).


[1] « Un artiste moderne doit perdre les deux tiers de son temps à essayer de voir ce qui est visible et surtout de ne pas voir ce qui est invisible. Les philosophes expient assez souvent la faute de s’être exercés au contraire. Une œuvre d’art devrait toujours nous apprendre que nous n’avions pas vu ce que nous voyons » P Valéry, Variété, Œuvres, t I, NRF, p 1165.

[2] Linné définit les quatre sphères de la pierre, le végétal, l’animal et l’humain par les quatre fonctions : la croissance, la vie, la sensation etla réflexion.

[3]  Stevens P.S – 1978 : Le formes dans la nature (trad. de Patterns in Nature, 1978).

[4] La suite de Fibonacci où les termes sont la somme des pdeux précédents : ½, 1/3, 2/5, 3/8, 5/13… Le xycle d’insertion est n/p où n est la première semblable, p : le nombre de feuilles avant de rencontrer ce semblable.

[5] Malebranche, Méditations Chrétiennes, éd. Aubier-Montaigne, p 76 cité p 37

[6] La science expérimentale, cité p 41

[7] L’évolution créatrice, p89 cité p 41

[8] Darwin 1873, La descendance de l’homme et la sélection sexuelle. Trad. Barbier, p21

[9] Il faut rapprocher le secret du terme sécrétion  qui s’écoule) et secrétaire (inscription, archive…)

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Rivages d’Europe. Personnalité et avenir d’un continent ouvert. J.M Miossec 2013 (CR)

Posté par amorbelhedi le 10 octobre 2014

   Rivages d’Europe. Personnalité et avenir d’un continent ouvert L’Harmattan. Coll. Territoires de la Géographie. 2013, 856 pages.   Jean Marie MIOSSEC.
Compte Rendu paru in Revue Tunisienne de Géographie (RTG), n° 43, 2015, pp: 105-109.

fichier pdf Rivages d’Europe Miossec JM  CR-2015

            L’ouvrage que vient de publier Jean Marie Miossec est le résultat d’u gros travail de synthèse sur un continent ancien et dont les rivages s’étendent bien au-delà des limites physiques. Comme l’écrit l’auteur lui-même à la page de couverture « Le livre se veut une géopolitique du continent « Europe », il part des rivages d’un espace découpé et soumis aux influences tempérées de l’Atlantique [ …] pour s’étendre vers d’autres horizons, ceux d’une identité en construction et que l’on veut ouverte ». Le titre est déjà révélateur puisqu’il met les rivages au centre de sa problématique, avec en filigrane le souci identitaire et l’ouverture qui se trouvent dans le sous-titre.

L’élargissement brutal de l’Europe a fait qu’elle a ennoyé tous ses rivages. Son aventure ne laisse pas indifférent par l’ampleur des bouleversements internes et les impacts qu’elle a eu généré dans l’environnement immédiat et à l’échelle mondiale. L’épopée européenne provoque à la fois irritation et irritation, les succès sont spectaculaires mais les échecs sont aussi patents. Les limites des continents sont imprécises et l’Europe apparaît comme une péninsule de l’Asie ? Elle est plutôt une construction humaine. Les rivages sont loin d’être une frontière nette, ils ont beaucoup changé au cours de l’histoire géologique et durant l’Antiquité la Méditerranée s’est fortement démarquée par rapport à l’Europe, l’Asie ou l’Afrique.  Autant d’indices de continuités entre l’Europe et le Maghreb, l’Islande est-elle européenne ou américaine ? Les frontières continentales sont encore difficiles à établir dans la mesure où elles ne sont que rarement naturelles comme est le cas des limites entre l’Europe et l’Asie posant le problème de l’appartenance de la Russie, asiatique par le territoire et européenne par sa population. Aussi bien sur le plan géologique que humain, les poussées et les populations sont venues de l’extérieur, continent « peu continental », l’Europe est assez originale comme ensemble régional ou continent, elle s’est dotée d’une construction géopolitique récente unique dans une sphère de mondialisation galopante dont l’ouverture est le mot d’ordre majeur et dont les enjeux sont aussi de taille. L’Europe est désormais une construction humaine et géopolitique qui dépasse la simple somme de nations dont les différences demeurent encore vivaces. L’Europe a à gérer trois cadres ou échelles : stato-nationale, européenne et celui de la mondialisation ; un nouveau défi à gérer.

L’auteur distingue quatre moments permettent de suivre ce projet identitaire et d’ouverture de l’Europe qui constituent les différentes parties de l’ouvrage :

La face de l’Europe (pp : 23-356) en constitue le premier à travers un cap ouvert sur les mers et un ensemble de territoires et d’Etats dont l’assiette et la configuration ont changé au cours du temps et la dynamique a été différente et propre à chaque cellule. La construction est originale, l’identité n’est pas nouvelle, elle s’ancre dans la préhistoire avant même la symbiose gréco-romaine. L’Europe constitue un cap, ouvert sur les mers, s’est construite lentement à partir de cellules. C’est un continent-presqu’île qui ne forme sur 6% des terres, de forme très irrégulière, très ouverte sur la mer formant le dessin d’une main à cinq doigts, composé schématiquement de plusieurs cellules : le noyau occidental et méditerranéen, l’Europe baltique et scandinave, l’Europe centrale et orientale et l’Europe au Sud-Est. En périphérie, on trouve quatre cellules : l’Est de l’Europe, la Russie, les PSEM (Pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée) composés par la Turquie et le Maghreb et le croissant fertile du Levant et du Machreq jusqu’au Golfe. L’auteur passe en revue toutes ces entités et dresse un tableau synthétique du continent Européen et de son environnement immédiat sud et Est.

Le second moment s’exprime à travers l’Europe (qui) se moule sur ses rivages et la diffusion de l’idée d’Europe (pp : 357-502). Ce mouvement se trouve expliqué par un schéma structurel assez original. « Le ressort de la civilisation européenne es mu par une tension » selon un enchainement de schémas explicatifs qui a assuré le passage d’une matrice originelle à un nouveau paradigme qui a généré un glissement des centres de gravité et un changement d’échelle. L’évolution n’est pas linéaire. Cette partie intéresse la construction du puzzle européen et la dynamique de l’Europe depuis la découverte de L’Europe jusqu’à son asservissement par Hitler. C’est  à travers onze séquences que Jean Baptiste Duroselle (1965, L’idée de l’Europe dans l’histoire) distingue  l’histoire de l’Europe : Respublica romana et Christiana (V au XI°), montée des Etats (XI-XV°), de la Chrétienté à l’Europe (XVI-XVII°), L’Europe cosmopolite et nationaliste (XVIII°), l’Europe de la Révolution française, la tentative napoléonienne d’unification, l’Europe de la Saine-Alliance, l’essor des nations, le recul de l’Europe et la guerre (1871-1914), l’Europe de Versailles et l’Europe esclave de Hitler.

L’histoire de l’Europe s’est levée à l’Est avec un basculement ensuite vers l’Ouest et recentrage méditerranéen et le décrochage d’une Europe catholique, L’Europe des six se moulait sur celle de Charlemagne, avec la séparation du politique du religieux se dessine le succès du politique et des Etats. La laïcisation de la politique se développe à partir de l’Ouest et donna lieu à une Europe des lumières, le succès économique et les nationalismes à l’assaut du monde débouchant sur la première guerre et l’affaiblissement de l’Europe avec la seconde guerre mondiale qui va nécessiter un plan de reconstruction (Plan Marshall). A la fin de ce parcours, l’autre se live à l’élaboration d’un schéma structurel explicatif : l’édification d’une personnalité (pp : 496-502) qu’il met lui-même en italique. La personnalité de l’Europe s’est constitué dans la longue durée par à coups et des reculs, déferlements et reflux. Cette mise en mouvement est mue par une tension, une crise qui procède de la contestation avec glissement des centres de gravité et des enchainements identifiés par l’auteur : 1- le premier acte est la rencontre avec l’Orient, 2- le couple réactif Orient/Grèce, 3- le couple Hellénisme/Rome qui se moule sur la Méditerranée avec un glissement vers l’Ouest, 4- l’affrontement Rome/Barbares qui débouche sur le renforcement de l’Eglise, 5- le bras de fer Eglise/Etat qui va forger les Nations et la laïcité tout en se projetant à l’extérieur à travers les grandes découvertes, 6- le divorce du couple Absolutisme/Lumières avec la Révolution française, les guerres napoléoniennes d’unification et la montée des nationalismes ; 7- L’affrontement du XX° siècle et le recul de l’Europe, 8- enfin la bipolarisation/mondialisation.

            Le troisième moment date d’un demi-siècle, L’Europe en horizon (pp : 503-700) avec l’élaboration d’un bilan « sans fard » de l’Union Européreene et de son parcours. De traité en traités, l’Europe s’élargit et se réunit progressivement où le souci d’équilibre est présent avec des critères d’adhésion donnant lieu à l’Europe actuelle avec ses 27 Etats et près de 500 millions d’habitants avec des scénarii d’extension qui restent posés, le débat de l’adhésion de la Turquie est indicatif. C’est une dynamique intégrative qui a régi l’élargissement de l’Europe et l’adhésion des divers Etats selon une démarche libérale et consensuelle avec intégration financière et création de l’Euro, la création d’institutions européennes et l’exigence de critères d’acceptation posant le problème de supranationalité et  d’intergouvernementalité : la PAC et le développement rural, un géant aérospatial mais une compétitivité sur la défensive, un marché de 500 millions d’habitants, L’espace européen se trouve inégalement nanti et intégré posant le problème d’aménagement et de gouvernance.

            Le dernier moment est celui de « l’Europe sans rivage » (pp : 701-792) constitue une analyse critique des difficultés et des insuffisances de la construction européenne et sa politique. L’Europe constitue une civilisation riche à la recherche d’un dénominateur commun, où révoltes et refus ont été de mise (philosophiques, religieux, culturels, artistiques, économiques, politiques….). Toutefois, l’aveuglement a été aussi à l’origine de l’arrogance et de la méconnaissance de l’autre débouchant sur le découpage et le partage du monde (découpage des Balkans, au Congrès de Berlin, traité de Berlin en 1885….) ; l’incompréhension de l’islam durant 14 siècles, la colonisation des espaces hors de l’Europe. L’Europe rencontre des problèmes quant à ses rapports avec la Méditerrané, l’Union pour la Méditerrané (UPM) proposé en 2008 est un échec. Avec la mondialisation, l’Europe se trouve dans un monde sans rivage avec la métropolisation de trois faisceaux méridiens.

            S’inscrivant elle-même dans un monde mouvant, l’Europe peut-elle tenir le cap, c’est ce que l’auteur a essayé de montrer tout au long de ce volumineux travail. « La vigueur d’une civilisation du refus où la révolte est la mesure doit permettre aux Européens d’écrire des pages nouvelles ». Au fil des millénaires et des siècles, l’Europe n’a cessé de s’ouvrir aux autres, elle a forgé une civilisation de la volonté et de la controverse mais elle a aussi suscité des oppressions et essuyé des échecs. Le problème de l’émigration illustre bien ce paradoxe européen d’ouverture/fermeture.

            Le texte très dense se trouve appuyé par de nombreuses cartes souvent de petite taille, posant parfois le problème de lisibilité avec des encadrés très instructifs, l’ouvrage est appuyé de plusieurs textes originaux avec un index des lieux, personnes et acronymes utilisés. Il faut signaler enfin que cette collection de L’Harmattan est dirigée par l’auteur de l’ouvrage qui constitue un travail très riche avec des titres très significatifs et problématisés qui facilitent la lecture de ce volumineux texte.

                                                              Amor Belhedi

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Le Sahara. Barrière ou Pont. M Cote 2014 (CR)

Posté par amorbelhedi le 10 octobre 2014

Le Sahara. Barrière ou Pont.  Marc Côte, Méditerranée, 2014, Presses Universitaires de Provence, Aix-Marseille Université, 158p
Compte Rendu in Revue Tunisienne de Géographie (RTG), n°43, 2015, pp: 111-117.

fichier pdf Le Sahara CR M Côte 2015

             La démarche a été d’observer le rôle du Sahara dans l’espace de la planète Terre, quelle est la place de la nature et la responsabilité des hommes ? Le Sahara s’interpose en travers de l’Afrique et en occupe le tiers en séparant deux mondes : le Maghreb et la Méditerranée au Nord, l’Afrique blanche est berceau de grandes civilisations et de grandes religions avec deux grands foyers le Moyen Orient d’abord, ensuite l’Europe. Au Sud, l’Afrique noire, domaine tropical et berceau de la négritude avec des foyers plus dispersés de l’Afrique tropicale. Entre ces deux rives, le Sahara a été tantôt étanche, tantôt perméable, une barrière et un pont. Le Sahara est comparable, à ce titre, à un océan. La réponse a été variable au cours de l’histoire, chaque période a laissé des « sédiments » alternant ouverture et repli liés à des facteurs climatiques et humains de type géopolitique et laissant de riches héritages.

Pour cela, Marc Côte adopte une démarche géo-historique, de nature à répondre à ces multiples questions dont la réponse n’est pas unique, dans une optique territoriale où le territoire est une création humaine sur un espace donné à une période déterminée. Il s’agit de présenter « non une histoire mais une géographie de ce grand désert en chacun de ses temps forts », démarche nécessaire pour comprendre le présent.

Revisitant le travail colossal de Robert Caport-Rey (1953), l’auteur réfute le déterminisme implicite sous-jacent et considère que les populations actuelles sont les héritages d’une histoire, souvent « étonnante et passionnante » qui va être le fil directeur de l’ouvrage. Six moments sont retenus par l’auteur : trois temps de fermeture et trois d’ouverture où les causes du renversement requièrent un intérêt particulier dans le plus grand et le plus profond désert du monde. Trois périodes-barrières : le Sahara avant les hommes il y a 18000 ans, la fermeture liée à l’aridification (5000-10000ans), enfin le temps des Etats-nations et le Sahara frontière (depuis le XIX°). De l’autre on a trois périodes-ponts : le pluvial (5000-12000 ans), le temps des caravanes et le commerce transaharien (8 -18° siècles), enfin le temps de la mondialisation avec le renouveau des flux (l’aube du XXI°).

L’unité écologique de ce désert qui s’étend sur 5000×2000 km (E-O et N-S) touchant une dizaine de pays est sans conteste, d’où la nécessite d’une approche globale que ce soit en périodes de repli ou d’ouverture. L’étude se place aussi au niveau global dans une optique synthétique pour comprendre le Sahara actuel dans ses racines profondes avec une transcription cartographique systématique.

Le prologue est « le Sahara avant les hommes » avec un contexte d’ordre plutôt climatique. Le Sahara n’a pas été toujours un désert et l’analyse sur le temps long (400000 ans) montre des oscillations au niveau de Pléistocène et l’holocène avec quatre cycles glaciation-interglaciation donnant lieu à un processus de contraction-dilatation au niveau spatial. L’analyse porte sur la période récente qui concerne la présence humaine, c’est-à-dire il y a 20000 ans. Aridité et géologie façonnent les paysages : l’hyperaride correspond à la glaciation du Würm, le Sahara correspond au socle avec prédominance des formes plates et monotones qui vont guider l’implantation humaine. Au-delà de l’aridité, le déset anticyclonique présente un milieu varié : le sable domine le tiers, les regs forment les terrains de passage mais sont peu riches en eau, quelques massifs isolés et échancrés et des plateaux. La configuration physique orient les interventions humaines : l’ordonnancement zonal E-O de l’aridité avec une bande médiane flanquée de deux versants de moindre aridité de part et d’autre, donnant lieu à une complémentarité plutôt Nord-Sud liant les deux sahels méditerranéen et sahélien. Le schéma des itinéraires des oiseaux migrateurs en constitue un modèle avec des axes méridiens faisant alterner des aires du vide (carte p 19) : de l’ouest à l’est on a les axes maure, touareg (Gao-Kano vers Algérie), toubou (N’Djaména-vers Tripoli-Benghazi), nilotique (Khartoum – Le Caire). Les limites de ce Sahara ont été mouvantes, mais on peut retenir la limite xérique 300 (ligne de 300 jours secs) qui correspond grossièrement à l’isohyète 100/150 au Nord et 200/250 au Sud, la limite de la palmeraie (carte p 21).

La seconde partie est consacré au Sahara des rupestres qui correspond au premier temps d’ouverture entre 2000 et 10000 avant JC avec des savanes parcourues de girafes, de grands troupeaux de bœufs et des populations ayant laissé gravures et peintures. Le pluvial correspond à des laces et des oueds, d’immenses prairies, un bestiaire sans pareil : un biotope favorable à la vie humaine pendant 6 millénaires. La population est mélangée (surtout négroide et blanche) avec une remontée cers le nord de populations négroide parallèlement à celle des isohyètes il y a 8000 ans (carte p 25). Ces populations vivaient de la pêche, la chasse et l’élevage autour des petits lacs avec installation parallèlement au développement de l’agriculture. La Sahara constitue un véritable musée à ciel ouvert qui n’a pas encore dit son dernier mot. Le tassili constitue la zone de densité rupestre maximale. La Sahara constituait un foyer de culture au Néolithique. Pluvial, Holocène et Néolithique, trois périodisations différentes des climatologues, des géologues et des historiens, le changement climatique a devancé le changement humain sans tomber dans le déterminisme rigide. Le pluvial a laissé beaucoup d’héritages qu’il faut préserver : le patrimoine rupestre aujourd’hui menacé, le peuplement, les eaux du pluvial infiltrés dans les bassins sédimentaires formant de puissant aquifères pour l’alimentation en eau et l’irrigation.

La troisième partie traite de la seconde fermeture : le Sahara de l’aridification. Le retour à l’aridité est signe de fermeture et de repli, revenu un désert avec « des avancées et des résistances ». Cette période correspond à 3000-1000 av JC, la vie régressait, on passe des bovins aux chevaux puis aux dromadaires, les lacs se transforment en sebkas sur une période de près de trois millénaires avec un recul des limites de 100m.an vers le sud. Le désert était en place vers 2000 avant JC, la ceinture cyclonique est rigoureuse, elle dure jusqu’à maintenant avec des cycles courts dans un contexte interglaciaire ce qui reste parfois difficile à expliquer. La désertification (liée à l’intervention humaine locale) est venue conforter l’aridification (liée aux paramètres climatiques généraux). Le croit démographique au Néolithique a exercé une forte pression sur l’environnement néolithique, le maximum de peuplement a coïncidé avec le passage du Pluvial au désert.

Le changement climatique s’est déroulé sur deux millénaires, l’adaptation a été progressive : domestication, métallurgie, développement de l’élevage ovin et caprin et recul du bovin, sédentarisation et agriculture… Cette crise climatique s’est accompagnée par le repli des hommes dans des foyers sur les franges. L’Egypte constitue un exemple d’adaptation technique et sociale à l’aridification : l’Etat pharaonique organisa l’hydraulique et la mise en valeur de la vallée et fut « l’exception égyptienne », l’Egypte ancienne est la fille de la désertification et est le résultat de l’irrigation ? Les analyses montrent la présence de rapports entre les populations du Sahara et l’Egypte à travers la migration vers les rives du Nil. Durant cette phase, on a vu se développer la culture des équidiens.

Durant cette phase de repli, les chars et les équidiens font leur apparition notamment au nord (Tassili, Hoggar…) mais ne durent pas pour être remplacés par les dromadaires. Les populations émigrèrent vers les franges et constituent des « relictes » (peuls, nubiens, libyens, garamantes, harratins, bafours…carte p 52), le centre se vide, la frange nord se rattache à la Méditerranée tandis que l’Afrique noire s’isole.

La seconde ouverture concerne le Sahara des caravanes, le renouveau est plutôt humain beaucoup plus que climatique, le désert est en place depuis 2000 ans avant JC, et à partir du IX-X siècles la vie du Sahara renait à travers le commerce caravanier et le Sahara devient un espace à traverser. Le nouveau contexte géopolitique a fait que le Moyen Orient est devenu le centre du monde jusqu’au XIII siècle, les besoins en hommes et la connaissance du Soudan ont contribué à organiser les circuits commerciaux, l’esclavage, les janissaires, l’or et les marchandises. La découverte du Soudan (pays des noirs) est nouvelle, elle va être la source de l’or et de la main d’œuvre, les rahalat des géographes arabes vont permettre de connaître mieux ce nouvel horizon au-delà du Sahara au cours du VIII-X° siècles mais l’Afrique noire a aussi découvert le monde méditerranéen à la même période. Organisée en Etats structurés (d’ouest en est : Ghana, Mali,… Darfour….) l’Afrique noire a constitué un répondant aux Etats du Nord (de l’ouest vers l’est : Merinides, Zirides, Hammadites, Hafsides, Fatimides, Omeyades, Abassides). Le dromadaire devint le mode de déplacement commode avec l’assèchement et s’imposa dès le IV-VI° siècles avec le commerce caravanier à travers des itinéraires bien précis et sécurisés sur un réseau plutôt méridien, les itinéraires longitudinaux sont périphériques tandis que les itinéraires obliques concernent le pélerinage avec des nœuds comme Mali, Sijilmassa, le Caire ou Agadès (carte p 65). Ces routes sahariennes ont connu des translations entre le VIII et le XVI° siècle (carte p 69) en fonction de la concurrence et de la vitalité des Etats et des villes. L’or et les esclaves constituaient l’essentiel du trafic transaharien à côté des étoffes, épices, chevaux, ivoire, tandis que le sel et les dattes constituent le commerce régional. Dans ce contexte, des tentatives de réunifications des deux rives ont eu lieu : le Royaume saadien (XVI°), l’Empire almoravide (XI°), l’Empire du Kanen (XIII°) et le Royaume chrétien de Nubie (X°). Les oasis ont été les filles des échanges caravaniers et de nombreuses villes ont pu se développer pour constituer les portes du désert (Sijilmassa, ouargla, Tozeur, Ghadames, Zwila, Siwa, au nord, Tombouctou, Gao, Agadès au sud). Un repeuplement du Sahara s’est opéré progressivement parallèlement à l’islamisation, ancré sur les oasis et les villes, avec un visage berbère (touregs chleuh, zenêtes, kabyles, nefoussa, mozabites….) avec des communautés juives repliées, et une population noire descendante de l’esclavage.

La rupture a été avec l’émergence des caravelles et du commerce atlantique, la montée des Etats européens et dès le XV° les routes atlantiques vont doubler celles du Sahara. Les bouleversements du XVI au XIX° siècle vont contribuer au déclin du commerce transaharien : l’épuisement de l’or au sud, la colonisation au nord et la commande est passée à l’Europe qui s’ouvre plus sur l’Atlantique, l’or américain supplante celui du Soudan annonçant la fin du commerce transaharien. Le Sahara actuel est l’héritier direct de l’époque des caravanes : les oasis constituent un héritage de cette époque, le palmier, les ksour, manuscrits…

La cinquième partie traite de la nouvelle fermeture qui a correspondu à l’émergence des Etats-Nations et la perte de la fonction traversière dès le XVI° siècle. L’exploration a conduit à la mainmise coloniale à travers les militaires, les marchands et les missionnaires. Les itinéraires des explorateurs sont essentiellement méridionaux (P Panet, R Caillé, A Laing, H Barth,…). Les projets de voies ferrées transahariennes correspondaient au mythe du transaharien et de l’ouverture. Le XIX° siècle a correspondu à la colonisation et le rattachement à l’Europe tandis que l’indépendance a conservé le cloisonnement et les frontières coloniales donnant lieu à une fragmentation spatiale du Sahara en une dizaine d’entités géopolitiques. Le modèle a été celui de l’intégration nationale avec repli des échanges inetr-Etats et un compartimentage spatial. La frange sud moins développées correspond au Sud du Sahara à la frange nord des Etats sahéliens. La focalisation s’est faite sur les espaces côtiers autour des capitales et des ports, le Sahara correspond aux espaces nomades, les nomades se trouvent bousculés au même titre que certains espaces sédentaires comme la Nubie. Les conflits frontaliers se multiplient (Sahara occidental, la bande d’Aouzou entre Libye et Tchad,..), la turbulence interne est forte notamment dans la marge sud du Sahara où les clivages ethniques et religieux sont importants (Mali, Niger, Tchad, Soudan). La fermeture a eu des effets négatifs sur les espaces sahariens qui se sont exprimés par le repli des franges sahariennes, des villes et des oasis, fixation des nomades et recul des populations avec des déséquilibres écologiques : la désertification croissante des franges qui se trouve relayée par le réchauffement climatique actuel. Le Sahara des Etats a été le responsable de la situation actuelle : un Sahara équipé, mis en valeur (pétrole, gaz), urbanisé, contrôlé, retrourné vers l’extérieur.

La dernière partie traite du Sahara au défi de la mondialisation. On assiste depuis une dizaine d’années au retour du Sahara sur la scène politique internationale et médiatique entamant une nouvelle ouverture : le Sahara retrouve un rôle relationnel, des fonctions de transit. La migration africaine vers l’Europe à travers le Sahara et les ports de la rive nord (carte p 123), le développement des flux commerciaux à l’échelle mondiale, le désenclavement routier ne laisse que deux enclaves majeures, le développement du tourisme et la dynamique démographique  donnent lieu à une urbanisation croissante (carte p 131), l’exploitation des richesses du sous-sol (eau, minerais, hydrocarbures) notamment du côté nord, la découverte des aquifères profonds font du Sahara un réservoir stratégique, le développement d’une agriculture spéculative d’exportation (primeurs et arrière-saison). L’énergie solaire y constitue un enjeu majeur et un potentiel de développement. Toutefois, des forces d’éclatement politique subsistent avec les conflits frontaliers avec plusieurs points chauds (Sahara occidental, Darfour….), des fractures socio-économiques entre le versant nord et sud, et des zones d’installation des forces salafistes comme el Quaida et les tentatives d’installation de base militaire outre atlantique ?

 Le Sahara apparaît comme une interface, entre le monde méditerranéen et soudanais, une marge mais aussi un espace spécifique : un désert plein et animé compartimenté qui constitue un enjeu de taille dans la stratégie des divers acteurs nationaux et internationaux. Le modèle général est la liaison nord-sud avec alternance ouverture-fermeture où le Sahara a été un pont et une barrière. Les ressources de base (eau, hydrocarbures) ne sont pas renouvelables ce qui constitue un véritable défi pour un développement durable et à l’intégration du Sahara.

La plupart des parties sont suivies de quelques références bibliographiques pour aller plus loin dans l’analyse. Les titres sont toujours significatifs, l’appareillage cartographique est bien fourni appuyant le texte bien rédigé et concis. L’ouvrage se termine par un index des thèmes et des lieux.

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L’urbanisation au Maghreb

Posté par amorbelhedi le 30 octobre 2004

 

L’urbanisation au Maghreb. Le langage des cartes

Vanessa ROUSSEAUX.

2004, Publication de l’Université de Provence (France), 254pages


  fichier pdf Rousseaux

 

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Le système de développement tunisien

Posté par amorbelhedi le 29 octobre 2004

Note de lecture

Le système de développement tunisien. Vue rétrospective

 Les années 1962-1986.
Livre I : Analyse institutionnelle
 

Chedly AYARI,

CPU, 2003, Tunis, 193 pages


fichier doc Ayari

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Le tournant géographique

Posté par amorbelhedi le 29 octobre 2001

Note de lecture

Le tournant géographique. Penser l’espace pour lire le monde   
Jacques LEVY. Belin, Coll. Belin. 400 p. 2000

CR Publié dans la Revue Tunisienne de Géographie, n° 32, 2001, pp.148-154
fichier pdf J Levy

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Douz, ville des Mrazig

Posté par amorbelhedi le 29 octobre 2001

 

CR paru dans la RTG, 2001, n° 32, pp. 144-147

 

Douz, la ville des Merazig. Vincent Bisson. Tunis, 2000, 119 pages, publié avec le concours de la Municipalité de Douz.

 

fichier doc Bisson

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